Chroniques
Introduction
Les textes rassemblés ici proviennent de régions, d'époques et de cultures différentes. Ils sont souvent lacunaires, voire incohérents. Il est important de garder en tête que la majorité des textes retrouvés ne représente qu'un fragment et que ces fragments sont généralement des transcriptions de culture orale antérieure.
L'aube du rite.
Regarder les ombres s'étirer lentement,
Suivre les chemins et discerner les temps.Les murmures des ancêtres, d'un passé miroitant,
Accompagnent les pairs quand la lumière descend.Le gnomon balancé servira maintenant,
Pour mesurer les peuples sous le firmament.Parfois qui rapproche, mais jamais ne distend,
Le cycle des saisons et puis liens du clan.Partager un instant la vie des habitants,
Qui peuplent l'infini, mais surtout le présent.
Poème séleucidique "Η αυγή της τελετής" du IIe siècle av. J-C
Le Maître gnomonier et son apprenti.
Ce texte date probablement du Moyen-Âge central produit dans la région de Murighiol près la Codrii Vlăsiei.
Par une aube de brume, au monastère de Murighiol, là où les plumes couraient sur le vélin pour copier les écrits d’Aristote et les évangiles slaves, un jeune apprenti gravit les marches de pierre menant à l’atelier du Maître Gnomonier. Il hésita un instant devant la lourde porte de bois ferré, puis frappa trois fois.
Un silence. Puis une voix rauque, usée par l’âge et la sagesse.
"Entre, si ta volonté est ferme et ton esprit disposé à entendre."
L’apprenti s’exécuta et trouva le Maître penché sur son ouvrage. Une lampe à huile projetait son ombre vacillante sur les murs ornés d’image pieuse. Devant lui, sur l’établi couvert de copeaux, reposait un bois d’if encore brut.
"Maître, enseignez-moi l’art de façonner le Gnomon, afin que le clan triomphe au tournoi d’équinoxe."
Le vieil homme, qui avait jadis voyagé jusqu’au mont Solva d’Esztergom pour y étudier l’architecture céleste, leva à peine les yeux. D’un geste lent, il fit glisser ses doigts noueux sur le bois, comme s’il cherchait à en sonder l’âme. Il écouta avec attention le son qu’il produisait sous sa caresse, un murmure presque imperceptible.
"Tout bois porte en lui une mémoire," murmura-t-il enfin. "Certains disent qu’il n’est que matière, vouée à la décomposition. D’autres, que sous le tranchant de la lame et la rigueur de la main, il révèle un dessein caché. Ce que nous façonnons n’est pas qu’un objet, c’est une passerelle entre ce qui est et ce qui doit être. Sais-tu pourquoi nous sculptons l’if et non le chêne ?" demanda-t-il enfin.
L’apprenti, sûr de lui, répondit sans trop réfléchir :
"Parce qu’il est plus léger ?"
Le Maître esquissa un sourire, puis prit son couteau et traça une ligne fine sur l’écorce.
"Le poids n’est rien sans l’équilibre, et la légèreté peut être trompeuse. Sais-tu ce que l’if a que le chêne n’a point ?"
L’apprenti resta muet.
"L’if endure."
Le Maître releva enfin son regard.
"Le chêne se dresse avec orgueil, mais sous la tempête, il ploie jusqu'à la rupture. L’if, lui, cède au vent sans jamais se rompre, car sa force réside dans sa souplesse et sa patience. De même, un Gnomon n’est pas un simple bâton, mais un instrument façonné pour fendre l’espace comme l’if traverse le temps : avec souplesse, mais sans errance."
L’apprenti, piqué dans son orgueil, s’empara du couteau et se mit à tailler avec ardeur. Il voulait prouver qu’il était digne apprenti. Mais son geste était précipité, et bientôt, une entaille trop profonde fit craquer le bois. Il s’arrêta, mortifié.
Le Maître posa alors une main ferme sur son épaule et déclara, d’une voix posée :
"Tout art est une imitation de l’ordre divin, mais l’impatience engendre le désordre, le désordre engendre la peur, peur qui engendre la colère et la haine qui mène à la souffrance. Une main trop empressée blesse la matière, tout comme un esprit troublé fausse le jugement. L’if est un bois singulier," poursuivit le Maître en glissant son pouce sur l’écorce. "Il accepte la courbe, mais refuse l’angle brusque. Dans sa fibre réside une loi absolue : si tu le guides avec justesse, il fléchit et obéit ; sinon, il casse net, sans retour possible. Toute œuvre bien conçue obéit à ce principe : un choix mène à un chemin, et chaque chemin en exclut un autre. Ne crois pas que le bois pardonne l’erreur, il ne fait que suivre l’instruction qu’on lui donne.
Le Maître traça un cercle invisible sur le bois, effleurant sa surface comme s’il en sondait l’âme.
"Sache-le," reprit-il d’une voix grave, **"aucune main mortelle ne saurait atteindre la perfection divine. L’espace de deux phalanges, ni plus ni moins : c’est la marge accordée par les astres et transmise par les Anciens, afin que l’œuvre humaine ne défie pas l’ordre du monde. La main guide la lame, mais c’est l’écoute qui guide la main. Recommence, et cette fois, écoute le bois sous la lame."
L’apprenti baissa la tête et prit une profonde inspiration. Il comprenait à présent que le tournoi n’était pas qu’un jeu d’adresse, mais un art de l’équilibre, une leçon sur la juste mesure de toute chose.
"Et souviens-toi," ajouta le Maître en effleurant la surface du bois, "ce Gnomon connaîtra l’impact du roc et le tumulte du tournoi. Façonne-le comme l’on façonne une pensée juste : avec rigueur, mais sans précipitation. Il sera éprouvé."
Alors, sous les fresques byzantines du cloître, à la lueur des cierges, l’apprenti apprit que sculpter un Gnomon, c’était d’abord sculpter son propre esprit.
Chroniques Griotiques des Clans d’Outre sable
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